L’IA fait bouger les lignes de l’affacturage

Maxime Bertin, Directeur Général Adjoint de Fibus, partage sa vision d’un affacturage plus agile, plus précis et plus accessible grâce à l’intelligence artificielle. En dopant les capacités d'analyse des factors, elle promet d'apporter souplesse et services à valeur ajoutée aux entreprises clientes.

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L’intelligence artificielle va-t-elle booster le développement de l’affacturage ? Cette solution de financement, qui permet aux entreprises de céder leurs factures à une société spécialisée pour obtenir un financement, n’est pas nouvelle. Mais la puissance de calcul de l’IA pourrait lui donner la souplesse qui lui manquait. En améliorant l’évaluation des risques et des besoins en fonds de roulement, l’IA devrait accélérer l’analyse des factors, et donc les décisions de financement. La mise en place de la facturation électronique, fin 2026, pourrait ouvrir grand la voie à cet affacturage nouvelle génération.

Quels atouts peut présenter l’intelligence artificielle (IA) pour transformer le monde de l’affacturage, cette technique de gestion financière qui consiste, pour une entreprise, à vendre ses factures à une société spécialisée (appelée “factor”) ? S’il reste en général plus souple et rapide qu’un crédit bancaire, l’octroi d’une ligne de financement par l’affacturage nécessite une série de contrôles de conformité et de sécurité financières, ainsi que des vérifications des documents qui peuvent prendre un certain temps. Or, pour les entreprises, le but est de récupérer rapidement des liquidités, afin de résoudre des problèmes de trésorerie ou de financer leur croissance. Aussi la question se pose-t-elle : l’IA pourrait-elle accélérer ces processus, tout en améliorant la détection des fraudes ?

Avec son potentiel de traitement de gros volumes de données, l’IA pourrait amplifier la capacité de “scoring”, pour évaluer la fiabilité d’un client.

Les factors sont, en général, des filiales bancaires qui rachètent des factures et gèrent leur recouvrement. Ce modèle de financement spécialisé repose essentiellement sur la solidité des débiteurs. Plus ils sont rassurants, comme un grand compte ou une collectivité locale, plus le factor est enclin à racheter les factures. Le plus grand risque est d’acheter une fausse facture ou une créance qui ne sera jamais payée. Voilà où l’IA aurait un rôle à jouer, pour accélérer les processus. “L’IA pourra aider les factors à rendre les contrôles systématiques, là où aujourd’hui, en raison de la volumétrie, ils fonctionnent par sondages et échantillonnages”, analyse Maxime Bertin, directeur général du courtier Fibus.

 

Améliorer l’évaluation des risques

Avec son potentiel de traitement de gros volumes de données, l’IA pourrait également amplifier la capacité de “scoring”, pour évaluer la solidité et la fiabilité d’un client. Les affactureurs ont aujourd’hui accès à beaucoup de données permettant de s’assurer qu’un client ou son débiteur est un bon payeur. “L’IA va permettre de bâtir des scénarios à partir des habitudes de facturation et de paiement des clients, afin de mieux anticiper les encaissements”, ajoute Maxime Bertin.

Certaines fintechs ou sociétés de services ont déjà investi le créneau. Pour les experts-comptables et les TPE, Cegid propose ainsi une gestion de trésorerie basée sur l’IA et une avance de trésorerie sous quarante-huit heures. “L’IA nous permet d’évaluer en quelques secondes les risques de défaut de paiement et de fraude associés à chaque facture. L’enjeu principal est d’attribuer instantanément le bon niveau de risque à chaque facture pour pouvoir prendre une décision très rapidement. Cela, l’IA sait le faire”, assure Maïté Leteno, VP Product Marketing Manager Small Business chez Cegid.

Le but est de développer une vision prédictive de trésorerie, en analysant les paiements récurrents, les ratios financiers, les bilans, et même les données de paie. En s’appuyant sur des données réelles issues du marché, l’IA permet d’élargir la capacité à prendre des risques. “Nous utilisons un modèle de scoring basé sur les défauts de paiement constatés, segmentés par typologies d’entreprises, afin de produire des prédictions fiables. Cette méthode nous permet d’offrir aux secteurs à risque limité des taux d’acceptation du financement plus élevés”, ajoute Marek Zanguropol, expert service financier et trésorerie de Cegid.

 

L’affacturage “à la ligne” en plein essor

L’IA permet ainsi un financement “à la facture” ou “ligne à ligne”, sans avoir à engager l’ensemble d’un portefeuille. Cette tendance se développe auprès des TPE, mais pourrait également émerger sur le marché des plus grandes entreprises. “Aujourd’hui, les factors prennent en charge des encours [le solde après comptabilisation des entrées et des sorties, ndlr], plus que des factures individuelles. L’IA devrait permettre d’analyser une volumétrie de facturation beaucoup plus importante, facture par facture, alors que cette offre est aujourd’hui réservée aux entreprises avec de faibles volumes de facturation”, entrevoit Maxime Bertin. Demain, une entreprise industrielle qui brasse une centaine de milliers de factures pourrait ainsi en bénéficier pour une partie de ses factures.

“Le défaut de l’IA, c’est qu’elle a tendance à compléter la donnée quand elle ne l’a pas. Le machine learning et les algorithmes sont pour le moment plus fiables.”

La déconfiture de certaines fintechs, qui ont échoué dans la mise en œuvre de l’IA, montre que la technologie n’est pas toujours infaillible. Le milieu bancaire de l’affacturage, très réglementé et très prudent par essence, s’interroge, expérimente et teste. Il n’a, pour l’instant, pas véritablement déployé l’IA dans ses processus métier.

“La problématique, c’est d’ajouter une IA qui nous permettrait de faire gagner du temps dans la collecte de données, pour nourrir la vision critique de nos analystes financiers, par exemple. C’est un projet de long terme qui nécessite des développements portant sur le processus métier. Nos analyses financières s’appuient sur une base de documents et d’informations variées qui, une fois collectés et structurés, permettent de passer à la phase d’analyse et de décision, qui reste du ressort de l’humain”, explique Maha Sefrioui, directrice de la relation client de Factofrance, chargée de l’IA au comité exécutif de la filière affacturage du groupe Crédit Mutuel.

Le potentiel de l’IA est également étudié dans les métiers du recouvrement, pour équiper les équipes de back-office. Elles utilisent aujourd’hui des scores obtenus grâce à des bases de données qui leur permettent de sélectionner une typologie de clients à relancer en priorité. L’IA pourrait accroître la productivité.

 

Plus de données pour mieux anticiper

Le déploiement de l’IA n’en est qu’à ses débuts. La facturation électronique, qui va être mise en place à partir de septembre 2026 pour les grandes entreprises, puis un an plus tard pour les autres, devrait redessiner les contours du marché. En facilitant l’accès aux données, elle va permettre de mieux prédire le besoin en fonds de roulement des entreprises, et donc de mieux les orienter.

“Disposer de data sur les factures, savoir quand elles arrivent, quand elles sont payées par les fournisseurs, connaître les encaissements et les décaissements, permet d’opter pour la solution la plus adéquate dans les options de financement”, explique Ludovic Sarda, fondateur de TRESO2, plate­forme agréée de facturation électronique, partenaire de la Banque publique d’investissement et d’Arkea. La plateforme propose un module de centralisation des paiements et de financement des factures, notamment par de l’affacturage.

Mais la première étape consiste déjà à récupérer toutes les informations des factures en PDF à l’aide de la reconnaissance optique des caractères (OCR). Sur ce point, l’IA générative montre des limites, reconnaît Ludovic Sarda. “Le défaut de l’IA, c’est qu’elle a tendance à compléter la donnée quand elle ne l’a pas. Il y a un effet d’hallucination. Le machine learning et les algorithmes sont pour le moment plus fiables.”

 

3 questions à…Thibaut Robet, directeur général de Fibus

Pour quelles raisons l’affacturage est-il devenu indispensable ?

L’affacturage est un financement à court terme souple qui a un double avantage pour les entreprises. D’une part, il soutient leur croissance, et c’est aujourd’hui 95 % des cas d’usage de l’affacturage. C’est devenu une composante stable du financement de l’entreprise, et son volume croît avec le chiffre d’affaires. D’autre part, c’est un outil incontournable de prévoyance pour les directions financières, qui peuvent l’utiliser pour traverser des périodes d’incertitudes, voire des difficultés. En de tels cas et contrairement à d’autres types de financements – comme le prêt par exemple – l’affacturage, lui, reste en place.

Quelles sont les spécificités de Fibus sur ce marché ?

Fibus est la plus grosse équipe de conseil dédiée à l’affacturage, en France comme en Europe. En 2024, nos clients nous ont confié 45 Mds€ de créances à financer. Nous sommes présents dans 40 pays et plus de 50 % de nos clients travaillent à l’international. Ce sont des entreprises françaises ayant des filiales à l’étranger ou des groupes internationaux ayant une activité en France. Nous nous occupons de l’affacturage sous ses trois aspects : la structuration du financement, la couverture du risque clients à travers l’assurance-crédit, et l’optimisation continue du financement grâce à nos logiciels de pilotage. Nous sommes les seuls à le faire en Europe.

Comment Fibus intègre-t-il l’IA dans son offre digitale ?

Notre suite digitale ARi Trade permet de gérer tous les aspects du factoring, y compris le risque client. Le logiciel automatise les cessions de factures et produit des reportings nourris à l’IA. L’analyse des écarts, traditionnellement fastidieuse et incertaine, est désormais immédiate et fiable. Avec ARi, nos clients voient leurs gains de financement augmenter de 15 % en moyenne, tout en divisant leur temps de gestion par 5. Notre roadmap repose sur deux piliers : l’IA, pour offrir des analyses et des outils d’aide à la décision toujours plus fins, et un club d’utilisateurs, qui nourrit notre réflexion lorsque nous développons de nouvelles fonctionnalités.

 

Source : Le Nouvel Economiste

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